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 [Nicolas Cartelet] Petit blanc

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Walkyrie
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MessageSujet: [Nicolas Cartelet] Petit blanc   Jeu 13 Juil - 13:59

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Année d'édition : 2017
Edition : Peuple de Mü
Nombre de pages : 176
Public visé : Adulte
Quatrième de couverture :
Dans l'espoir d'y trouver meilleure fortune qu'en France, Albert Villeneuve s'embarque pour un long voyage vers les colonies avec sa femme et sa fille. Il accoste seul à Sainte-Madeleine, son moral et ses espoirs noyés loin derrière lui.
Commence alors une nouvelle vie, faite d'alcool, de mensonges et de frustrations. Piégé sur cette île devenue prison, Albert fuit la folie vengeresse du sergent Arpagon. Sur la route du café, il cherchera la paix intérieure.
Petit Blanc est un conte cruel et onirique sur l’absence et les espoirs perdus. Nicolas Cartelet nous entraîne dans un monde où immigrés pauvres et peuples colonisés partagent les mêmes chaînes.

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Dernière édition par Walkyrie le Dim 6 Aoû - 18:17, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: [Nicolas Cartelet] Petit blanc   Jeu 13 Juil - 13:59

Je pense que c'est un livre à retenir pour la rentrée littéraire !

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MessageSujet: Re: [Nicolas Cartelet] Petit blanc   Mar 3 Oct - 21:01

1896, Marseille, une famille de trois personnes quitte le port vers un avenir meilleur, enfin c’est du moins ce qu’ils espèrent. Enserrées à bord d’un vétuste navire, de nombreuses familles ont également eu cette idée, devrais-je dire, cet espoir, d’avoir une vie décente et heureuse, une vie tout simplement. Il ne faut pas bien longtemps avant que les conditions d’hygiène viennent à se rappeler à eux, ces familles pleines d’envie, maladies, morts, faim, viennent peu à peu ternir les regards et vider les listes humaines dans ce voyage maritime sans fin. Un médecin à bord accompagné d’un religieux passent chaque jour dans les rangs pour un éternel constat, des âmes perdues à travers les flots, des vies toujours plus essaimées, des visages fatigués, abîmés par la tristesse des pertes. Albert Villeneuve est l’un d’eux. En quête des plaines exploitant le café, il débarque sur l’île se Sainte Madeleine, à Fort – Djaba, sans femme, sans fille, Marthe et Louise ne sont plus. L’espoir est devenu un objectif. Accompagné des fantômes de celles qu’il aimait, il se présente chaque jour au bureau d’administration dans le vain espoir d’obtenir un bout de terre pour devenir fermier, exploiter la terre et cultiver le café.

« Et puis, comme Fort-Djaba s’offrait à moi, toute une journée rien qu’à moi, pour la première fois sans que je l’aie décidé, il me prit soudain une sorte de furieux optimisme. Peut-être bien que c’était un signe, ce jour chômé ! Symboliquement je quittais la mine, pas le choix, je m’ouvrais à quelque chose de nouveau ; ce vide laissé par le refus de l’intendant allait nécessairement se remplir, c’était physiquement indiscutable. Il allait se remplir par quelque chose de nouveau. Une ferme ? Un champ par-delà la brousse ? Des rangs de caféiers, des caféiers par milliers ? Ça me semblait tout à fait certain, oui. Les espoirs fumaient par mes oreilles. Je retournerais à l’Administration, ce midi-là, et cette fois tout aurait changé : on me tendrait les bras, on me chanterait la Marseillaise, on m’attribuerait la plus riche des terres de toute Sainte-Madeleine. En six mois je produirais bien davantage que tous les autres seigneurs réunis : le seigneur des temps modernes ce serait moi. Je retournerais à l’Administration, oui, à midi ou bien dans l’après-midi, peut-être. Tout se passerait comme j’avais dit, exactement. Mon bonheur, c’était pour maintenant ou pour jamais, alors je pris le chemin de la ville, le pas certes titubant mais tout à fait décidé, dans l’intention. »


Une faible mise en bouche d’une histoire qui surprend et recèle une profondeur incroyable. A travers l’histoire d’Albert Villeneuve, personnage ambigu et au cœur meurtri, l’auteur propose un conte tragique, où la réalité se mêle subrepticement au rêve voire même un peu au surnaturel. Une base coloniale du XIXème siècle, où des hordes de familles françaises, peuple appauvri, viennent tenter leur chance sur les terres caféines des noirs colonisées. Jusque là, on surfe sur un réalisme historique, misère, colonialisme, immigration, thèmes clé, et pourtant, la rencontre d’Albert Villeneuve avec un sergent pas comme les autres, rustre et violent, dominateur despotique, être assoiffé de vengeance et empreint d’une folie certaine, Arpagon, va venir bousculer tout ça et faire prendre au récit un tournant intéressant et inattendu. De là démarre, une sorte de conte fantasmagorique et philosophique, fait d’aventures et de réflexions riches et métaphores nombreuses. Une course – poursuite, une fuite, une quête, un objectif à atteindre, voilà ce qui va attendre Albert à travers une multitude d’étapes jusqu’à la conclusion finale, tout un rite initiatique du personnage à suivre avec beaucoup d’émotions.

On démarre donc dans une certaine réalité avant de sombrer peu à peu dans un onirisme presque chamanique, la rencontre d’Albert Villeneuve et du peuple noir colonisé, ouvre aux croyances de ces derniers, qui sont de plus en plus abîmés et pervertis par l’alcool et l’argent des blancs, un peuple aussi profondément simple et humain, l’amour de l’autre, le partage, la simplicité, la chaleur humaine, malgré tout toujours entachée dans notre conte, dualité sociale, perversion, violence, mort. On peut y voir un regard négatif sur la colonisation, un regard positif sur les croyances et le style de vie de tout un peuple peu à peu opprimé, tout en contant la quête de rédemption d’un personnage immigré, sombrant toujours plus et pourchassé par un être diabolisé, surréaliste et effrayant comme ces personnages sombres des contes noirs, reflet probable du désespoir et de la destruction de ce monde.

« — Tu sais, Albert, commença-t-il par m’expliquer, cela peut paraître étrange aujourd’hui, parce que nous n’avons connu que cette situation, mais les gens de ton peuple n’ont pas toujours vécu ici. Pendant trois cents vies d’hommes mes ancêtres étaient seuls, ils allaient librement de la brousse à la mer. Bien sûr ils se battaient déjà, il y avait des vainqueurs et puis des vaincus, des heureux et des malheureux. Mais tout ça arrivait entre eux ; entre frères et cousins. Lorsque la guerre cessait ils se réconciliaient, chacun rentrait chez soi et comptait son igname, chacun faisait la fête après la récolte. Parfois même les chefs de clans s’invitaient au festin, et alors tous les enfants de l’île échangeaient les présents, les danses et les histoires. En ce temps-là on ne détruisait rien, rien n’était jamais définitif : si un fils ou un frère venait à mourir au combat, aussitôt on sonnait la retraite, on déclamait la paix. Jamais lignée ne s’éteignait, jamais un ancêtre ne restait sans foyer pour honorer son nom. En ce temps-là tout perdurait, toujours. »


Émotions vous ai-je dit, parlons-en, sachez que ce roman est fort et qu’il retourne le cœur avec des choses les plus simples. L’auteur a ce quelque chose d’assez subtil pour amener un élément qui paraîtrait impromptu à prendre en force et à le rendre comme élément à part entière à son histoire, à tel point que le lecteur va complètement se faire prendre à cet art, notamment avec ce perroquet. Un simple animal et pourtant bien plus ici, certainement un des passages qui aura ma préférence, même si un autre, où il est question de boule à neige, est aussi complètement génial dans le délire de l’auteur. Il y a du contraste chez Nicolas Cartelet, si l’homme paraît sage et académique, il y a dans sa tête des choses complètement dingues, qui peuvent dérouter. Il n’en perd pas moins son discours et les réflexions qu’il souhaite amener au lecteur. C’est tellement bien fait et magnifiquement écrit.

Talent d’écriture parlons-en aussi, Nicolas Cartelet écrit de manière délicate et poétique des choses aussi triviales que pleines de beauté, les descriptions sont riches sans être alourdies, on a plusieurs fois ce sentiment d’être perdu dans la brousse, de sentir l’humidité des pluies diluviennes et la chaleur étouffante. On vibre aussi beaucoup émotionnellement avec Albert Villeneuve, on sombre dans son gouffre de solitude qui ne cesse de s’agrandir, dans sa déchéance, on subit ses deuils, ses coups, cette oppression qu’induit sa peur. Cette histoire est assez douce-amère. Douce parce que magnifique et écrite avec de jolies mots. Amère car elle est difficile parfois cruelle.

« Car je menais désormais la grande vie sur le port, et qui dit grande vie dit grands soucis. En triplant ou quadruplant ma consommation je forçai le respect des copains, mais je creusai aussi ma bourse. Plus j’étais au bistrot, moins j’étais à la mine, et moins j’étais à la mine moindre était mon pécule. Cependant je m’habituais au rhum, il me prenait des besoins impossibles à refréner, de véritables gouffres que même un bourgeois aurait eu du mal à combler : bientôt il me fallut trouver une solution à l’équation, la pauvreté d’un côté, le goût du rhum de l’autre, sous peine de voir surgir une nouvelle angoisse, que je pressentais presque aussi grosse que toutes les autres réunies. »


La couverture de Gilles Francescano est sublime et reflète parfaitement le contenu de l’ouvrage, des morts, nombreux, un personnage qui porte le poids de malheurs inconsolables, mais une petite touche d’espoir par la luminosité dans le dos du personnage et les touches de couleur à ses pieds.

En bref, couverture magnifique, conte magnifiquement sombre avec cette touche d’espoir, écriture magnifique. « Petit Blanc », est certes petit par son nombre de pages (moins de 200) mais grand par son contenu. Je n’ai qu’une seule chose à vous dire : lisez – le !

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